Pouffe mais, point trop n'en faut !

Pouffe mais, point trop n'en faut !

Cicatrice ouverte

   Marie est une jeune femme qui physiquement souffre beaucoup. Lors de crises, la douleur est si intenable qu’elle voudrait que « ça » cesse. N’arrivant à trouver aucune aide auprès des médecins, elle sait qu’à chaque prochaine crise, l’envie d’en finir sera toujours plus forte. C’est dans cet état d’esprit qu’elle a expliqué à une « connaissance amicale » son envie de suicide. L’autre jeune femme n’a pas eu du tout la réaction escomptée et a même parlé de façon très négative dans le dos de Marie… Voyant cela et étant assez énervée que cette jeune femme fasse croire à une bienveillance qu’elle ne possédait pas, Marie a voulu la provoquer un peu sur fb pour qu’elle dévoile, enfin, le vrai fond de sa pensée en public. Le jeu était certes dangereux, mais il lui semblait nécessaire pour que les accusations cessent enfin.
C’est ainsi qu’elle a reçu, en réponse, des sarcasmes quant à la teneur de son suicide et cette phrase : « t'es même pas morte ? merde alors... ».

Sur le coup Marie n’a pas réagi. Elle s’attendait à une méchanceté ça c’était certain. Mais là, ces phrases ont quelque peu dépassé ses attentes ! Quelque chose a raisonné en elle. Une sorte de bouffée d’angoisse qui lui a fait penser que oui, effectivement, elle n’était pas encore morte. Malheureusement… Cela lui a rappelé comme un vague souvenir qui a fait un flash et est reparti aussitôt sans qu’elle ait le temps d’en comprendre la teneur. Si elle avait été seule face à ce message, elle aurait immédiatement sauté par la fenêtre sans réfléchir tellement l’oppression qu’elle avait ressentie avait été soudaine et intense. Cependant les jours suivant, elle a commencé à chuter de plus en plus. Ces nuits étaient pourries de cauchemars. Elle recommençait à ne plus manger, à boire et à faire d’autres choses qui ne font pas partis de la propagande « mangez 5 fruits et légumes par jour ! ». Cela la faisait culpabiliser de se dire que tout ça à cause d’une pauvre fille qui pétait les plombs puérilement sur la toile, elle se sentait si mal.
Puis un soir en étant prête à s’endormir, elle a explosé en sanglots. D’un coup, comme ça, sans raison. Puis, le souvenir est revenu et s’est transformé en flash-back…

Période 9/10 ans à l’école primaire :
Marie est revenu en classe après une semaine ou deux d’absence. Elle se trouve au milieu de la cour pendant la récréation parmi ses « petits camarades ». Elle est un peu perdue, mais comme n’importe quel enfant, elle pense à autre chose que les jours qu’elle vient de vivre. Mais des enfants viennent la voir et commencent à la harceler de questions… :
 - C’est vrai que ta tante a voulu mourir ?
 - Ça fait quoi de voir un mort ?
 - Hé mais t’es bête, elle était pas morte, elle a juste fait semblant de mourir ! C’est vrai hein ? C’est ça Marie ?
 - Et tu l’as trouvé comment ? Elle avait la bouche ouverte et les yeux qui tombaient comme dans les films ?
Oui, effectivement Marie avait trouvé sa tante qui avait pris trop de comprimés pour dormir. C’est ça qui lui avait expliqué les pompiers qu’elle avait appelés. Cependant, sa tante avait beau travailler à l’école, elle ne s’attendait pas à ce que « ça » se sache…
Pendant des semaines des petits crétins s’amusaient à venir lui demander tous les matins : « Alors ta tante n’est toujours pas morte ce matin ? ».

Voilà ce qui travaillait dans le cerveau de Marie depuis la réception du message de la demoiselle sur fb. D’ailleurs, elle ne sait pas si elle est choquée ou si elle a pitié, qu’une jeune femme qui a autour des 25 ans soit capable de proférer les mêmes paroles que des enfants de 10 ans qui n’ont pas conscience de la portés de leurs dires… En tout cas, Marie n’était nullement préparée à se retrouver encore maintenant, face à des personnes qui soient capables de tourner en ridicule un suicide.
Aujourd’hui, elle essaye de dépasser le choc de tant de méchanceté malsaine cumulée…


     Il faut toujours avoir conscience de la porté des mots que l’on utilise. Quand on arrive à un certain âge et surtout à un certain stade de maturité, il me semble qu’il devient inconcevable de balancer tout ce qui nous passe par la tête comme si nous étions en train d’hurler au milieu de la Pampa. Nous avons des êtres humains face à nous, des personnes avec leur sensibilité et leurs douleurs. Et si l’on se considère un tant soit peu comme un être humain digne de ce nom, nous devons travailler nos valeurs morales en société…

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03/03/2014
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