Pouffe mais, point trop n'en faut !

Pouffe mais, point trop n'en faut !

Le bon côté de la barrière

  Il y a des jours, des nuits ou tout s’effondre comme un vulgaire pâté de sable. Tu allais « bien » et d’un coup, un marécage de pensées noires t’écrasent les épaules. Tu essayes de naviguer tant bien que mal pour ne pas t’enfoncer dans cette mélasse mais c’est peine perdue. Tu tentes de retenir tes larmes parce que déjà, tu n’aimes pas pleurer, mais aussi parce que tu sais que ça va te brûler les joues si tu les laisse couler. Puis tu lâches tout, le torrent de liquide brulant parce que tu te dis que tu n’es plus à une douleur près…

La douleur justement… Parlons en…
Un beau jour tu apprends que tu souffriras toujours… En permanence… Qu’il n’y aura plus une seule seconde de toute ta chienne de vie ou tu n’auras pas mal… Tu réalises que plus jamais tu ne connaitras le silence de la douleur… Parce que ça fait partis du packaging gagnant de ta maladie. Le seul jour ou tu n’auras pas mal, c’est le jour ou ton corps décidera enfin de te lâcher complètement. Ou il arrêtera enfin de jouer avec toi. Ou il cessera enfin d’être ton ennemi juré. Le jour ou je serais enfin morte.


Alors bien évidemment, je n’ai pas toujours les douleurs horribles qui me font me rouler en boule, ou me vomir dessus. J’ai des douleurs supportables. Le genre qui ne t’empêche pas de vivre. Simplement le genre qui te rappelle bien que tu es en vie et que tu as un corps défaillant. Alors, il est vrai, que la plupart du temps, je n’y prête pas trop attention, pour éviter de me plomber le moral avec une broutille. Mais parfois, comme cette nuit, mes pensées me torturent.

Avec ce genre de maladie, il faut savoir anticiper l’avenir pour mettre certaines aides/médicaments/soutiens en place au mieux. Mais en parallèle, il faut savoir vivre au jour le jour pour éviter de trop déprimer et surtout vivre au mieux. L’exercice est peu aisé. Je n’aime pas devoir me faire à cette idée que je souffrirais, ne serais-ce, qu’un peu toute ma vie. C’est effrayant. C’est déprimant. C’est humiliant. ??Mais en dehors de cela, il y a aussi la comparaison qui s’impose avec les autres. Les bien-portants. Ceux qui ne sauront jamais ce que c’est de devoir se faire à l’idée de souffrir H24 sur un nombre d’années indéfinie. Je ne peux bien évidemment pas dire que j’aimerais les voir souffrir eux aussi ! Mais parfois, je ressens une telle injustice…
Oui, je suis en colère de me dire que les autres ne peuvent pas savoir ce que c’est que d’être dans mon corps made in Ikea. Oui, je suis frustrée qu’ils oublient que j’ai mal parce qu’il faut bien que je fasse ma vie et que je ne peux décemment pas répéter en boucle que j’ai mal. Oui, j’aimerais ne pas me sentir aussi seule face à mon corps encombrant, moche et souffreteux. Oui, je leur en veux de l’innocence qu’ils peuvent avoir face à leur propre corps. Je suis jalouse qu’ils puissent passer 99% de leur temps en ne tenant pas compte de ce corps.


Apprendre à vivre avec. Apprendre à se réjouir de se que l’on a. Apprendre à ne plus se comparer aux autres. Apprendre à s’aimer… tout simplement… Douleur vs. douceur… À une lettre près, je tombais du bon côté de la barrière…

 

 

 



22/04/2017
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