Pouffe mais, point trop n'en faut !

Pouffe mais, point trop n'en faut !

Le désert aride des larmes qui ont trop coulées.

 
 Parfois le cerveau bloque des informations. Il zappe des actes, des paroles qui sont trop durent à assimiler sur le coup. Du coup, un pan entier de votre vie disparait dans des nimbes qui semblent sans fond. Mais il y a un fond. Quand ce fond est atteint, les bulles de souvenir remontent sans que rien ne puissent arrêter leur progression dévastatrice… J’avais cru connaître la tristesse. Ce sentiment d’être perdu et esseulé dans le vaste monde. J’ai dû la connaitre puisque comme tout le monde, j’ai connu la mort, les ruptures amoureuses, l’objet auquel on tient que l’on perd ou que l’on casse… Mais je me suis rendu compte que tout ce que je rangeais sous le nom « tristesse » était en fait une vaste gamme de sentiments mélangés et complexe. La tristesse pure, je n’avais jamais connu… J’ai fait sa connaissance cette nuit…

  J’ai rêvé de toi. Je t’ai donné un visage flou. Peut-être un nom, je ne me souviens plus. Mais surtout, je t’ai donné une consistance, des émotions. J’ai aimé cette façon que tu as eu de te serrer dans mes bras… Oui, je t’ai lâchement offert le ressentis que j’ai eu avec un autre récemment. Désolée, avant, je ne savais pas ce que c’était. Nous étions sous un grand arbre séculaire, assis sur une grande couverture irlandaise à carreaux que ma mère affectionne tant. Tu te tenais debout devant moi avec toute la joie et le bonheur dont un corps peut être remplis. Et il y a eu une tempête affreuse. Tu as attrapé ma main mais ton corps était emporté violemment. Je me suis réveillée en sueur et affolée à ce moment…

  J’étais interdite. Assise dans mon lit, j’essayais de comprendre et de rassembler les bouts de puzzle nébuleux de ce rêve inédit. C’était ardu. Comme si tous les morceaux essayaient de se disperser au plus vite pour échapper à ma mémoire. Et c’est là ou j’ai compris ou se situait le rêve et ou se trouvait la réalité.

J’ai ressenti comme un grand coup de poignard. Une lame aiguisée s’est enfoncée dans mon dos me pliant en deux. Les larmes n’arrêtaient pas de couler. Mon souffle se raréfiait. J’avais l’impression que mes poumons s’enflammaient de plus en plus. J’entendais mon propre coeur tambouriner dans ma tête comme pour me rappeler à quel point j’étais vivante et que je pouvais dès lors, bien ressentir la douleur envahissante. Je suis tombé de mon lit comme une grosse boule de souffrance incandescente. J’ai rampé jusqu’à un coin de ma chambre pour me coincer entre deux murs. J’avais envie de hurler ma douleur et ma terreur. Je me sentais vivante et j’avais l’impression que j’allais mourir d’une seconde à l’autre tellement j’étais oppressée. Je me suis arraché beaucoup de cheveux comme si ma douleur ne se suffisait pas à elle-même. L’angoisse fait faire n’importe quoi. J’essayais de crier et de me rebeller mais aucun son ne sortait de ma gorge coincée. Mon corps et mon esprit étaient en train de se morceler. Puis petit à petit, il y a eu comme un endroit qui s’est vidé. La douleur commençait à partir, juste là…
À présent, j’ai mal à mon corps mais de façon plus raisonnée. Une sorte de douleur mémoire. Mais par contre, j’ai cet espace vide… Ce creux… Ce courant d’air que tu as laissé… Je me sens seule. Mais pas seule au milieu des autres. Seule en moi-même. Tu as emmené avec toi une partie de moi… Tu m’as volé quelque chose et je ne sais pas encore ce que c’est. Tout ce que je sais, tout ce que je comprend, c’est cette tristesse infinie qui me dévore à présent. Je me sens abandonnée. Et j’ai honte en même temps. Honte de ce que ma mémoire a fait. Honte de m’être protégée aussi longtemps. Honte de t’avoir rejeté de ma tête.


    Maintenant, il faut que j’apprenne à vivre avec ce vide. Avec ton vide… Avec ton absence… Ou ta présence omnisciente… Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que je suis triste et que je n’ai jamais autant pleuré de toute ma misérable vie.

 

 



14/01/2017
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